Impressions et analyse de Charles Philipponnat
Les vendanges 2026 ont commencé particulièrement tôt. Que retenez-vous avant tout de cette récolte ?
« Nous avons commencé la vendange le 15 août et terminé le 23. C’est une précocité que nous n’avions encore jamais connue dans toute l’histoire de la Maison : cette année, nous avions fini de vendanger à une date à laquelle, dans le passé, nous n’avions jamais commencé.
Mais ce que nous retenons surtout, c’est la très belle qualité de la récolte. Malgré des volumes plus faibles, les raisins étaient parfaitement sains et mûrs, avec de très beaux Pinot Noir et Meunier et, surtout, une fraîcheur remarquable compte tenu des chaleurs de l’été. »
Tous les cépages ont-ils réagi de la même manière aux conditions de l’année ?
« Les cépages noirs se sont particulièrement bien comportés. Les Meunier ont notamment bénéficié de leur implantation fréquente dans des secteurs un peu plus frais et plus humides, sur les flancs de vallée, où ils ont moins souffert de la sécheresse et de la chaleur. Ils sont vraiment très beaux. Les Pinot Noir sont superbes également, ils présentent une très belle qualité, avec des maturités parfois importantes. Les Chardonnay ont également atteint de beaux niveaux de maturité, même si la question du degré potentiel se pose davantage sur certains lots.
Chez Philipponnat, la moyenne de tout ce que nous avons récolté se situe autour de 11° d’alcool potentiel. C’est finalement assez modéré compte tenu du millésime et cela devrait nous permettre de réaliser des assemblages qui conserveront suffisamment de légèreté et de fraîcheur pour respecter pleinement le caractère de nos Champagnes. »
La récolte est moins abondante cette année. Comment l’expliquez-vous ?
« Nous avons effectivement une petite récolte, mais il faut bien distinguer quantité et qualité. Plusieurs épisodes de gel au printemps nous avaient fait perdre une partie du potentiel. Ensuite, la floraison s’est déroulée sous des températures très élevées, ce qui a entraîné beaucoup de millerandage, des grappes plus petites et des baies de faible diamètre.
Sur le vignoble de la Maison, nous avons finalement récolté en moyenne 5 600 kg par hectare. Chez nos partenaires livreurs, la moyenne se situe davantage autour de 7 000 kg par hectare. C’est une vendange limitée en quantité, mais qualitativement, les raisins étaient magnifiques. C’est l’essentiel lorsque l’on raisonne à l’échelle des vins que nous allons pouvoir élaborer. »
La maturité importante change-t-elle votre manière d’aborder les futurs assemblages ?
« C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de ce millésime. Habituellement, nous recherchons naturellement les raisins les plus mûrs parce qu’ils apportent davantage de caractère et d’équilibre. Cette année, certains lots présentant des degrés légèrement plus faibles pourront au contraire devenir particulièrement précieux pour apporter de la fraîcheur aux assemblages. C’est assez inédit en Champagne.
Nous disposons de plusieurs leviers pour préserver les équilibres auxquels nous sommes attachés : le choix des lots, bien sûr, mais aussi, tout au long de l’année, le travail à la vigne, la maîtrise du feuillage ou encore la décision de réaliser ou non les fermentations malolactiques afin de conserver davantage d’acide malique et de vivacité.
Aujourd’hui, les vins clairs de la vendange 2026 sont déjà terminés, conséquence logique de cette vendange très précoce. Nous entamerons les dégustations d’assemblages probablement dès le début du mois de décembre, là aussi bien plus tôt que d’habitude. »
Votre expérience avec le Clos des Goisses constitue-t-elle un atout face à ces millésimes plus chauds ?
« Oui, en partie. Le Clos des Goisses, par son orientation et sa situation, nous confronte depuis longtemps à des raisins naturellement plus mûrs. Il constitue donc un formidable terrain d’expérience. Mais je pense surtout que le sol et le sous-sol restent déterminants. Le caractère minéral qui provient de notre craie est toujours là. C’est une permanence sur laquelle nous pouvons nous appuyer.
Nous réfléchissons aussi à plus long terme. Cette année, nous avons commencé à étudier l’Arbane, un cépage historique autorisé en Champagne, qui présente naturellement davantage d’acidité. Nous avons réalisé de premières vinifications et observé son comportement, et nous envisageons d’en planter dans nos propres vignobles.
Il ne s’agit évidemment pas de modifier le style Philipponnat, construit autour du Pinot Noir, mais de continuer à apprendre et à nous donner les moyens de préserver demain les équilibres qui font notre identité. »
Peut-on déjà imaginer des cuvées parcellaires issues du millésime 2026 ?
« C’est encore trop tôt pour le dire, mais la qualité des raisins est là et les équilibres observés à la vendange sont prometteurs. Tout dépendra de la dégustation. Si les vins sont équilibrés, avec de la fraîcheur et sans sensation alcoolique excessive, nous pourrons naturellement envisager de les millésimer. Comme toujours, la décision se prendra dans le verre. »